Sénégal

S.E. M. Macky Sall, Président

20 septembre 2022

Résumé de la déclaration: 

M. MACKY SALL, Président du Sénégal, a estimé que, depuis la dernière session de l’Assemblée générale, le monde est devenu plus dangereux et plus incertain, « sous l’emprise combinée du réchauffement climatique, des périls sécuritaires et sanitaires, ainsi que de la guerre en Ukraine ».  Il a ajouté que, dans ce contexte, il est urgent d’agir de manière collective « pour apaiser les tensions, soigner notre planète, réduire les inégalités persistantes Nord-Sud, et redonner sens au multilatéralisme ». 

M. Sall a considéré que le Conseil de sécurité, qui est interpellé au premier chef, se doit de traiter de la même façon toutes les menaces à la paix et à la sécurité internationales, « y compris en Afrique ».  Sur ce dernier point, il a ainsi marqué que le terrorisme, qui gagne du terrain sur le continent, « n’est pas qu’une affaire africaine ».  Pour le Président, le terrorisme est une menace globale qui relève de la responsabilité première du Conseil, garant du mécanisme de sécurité collective, en vertu de la Charte des Nations Unies.  Aussi a-t-il invité le Conseil de sécurité à mieux s’engager avec les Africains dans la lutte contre le terrorisme en Afrique, avec des mandats plus adaptés et des moyens plus conséquents. 

Après avoir, au nom de l’Union africaine, dont son pays assume actuellement la présidence, appelé à la levée des sanctions étrangères contre le Zimbabwe, qualifiées de mesures sévères qui continuent de nourrir un sentiment d’injustice contre tout un peuple et d’aggraver ses souffrances en ces temps de crise profonde, M. Sall a successivement réitéré le droit du peuple palestinien à un État viable, coexistant pacifiquement avec l’État d’Israël, « chacun à l’intérieur de frontières sûres et internationalement reconnues », et appelé à la désescalade et à la cessation des hostilités en Ukraine, plaidant pour une solution négociée, afin d’éviter le risque catastrophique d’un conflit potentiellement mondial. 

M. Sall a ensuite attiré l’attention sur l’importance d’avancer sur la voie de la réforme des « cercles décisionnels » qui confinent l’Afrique à la marge.  Il est temps, s’est-il exclamé, de faire droit à la juste et légitime revendication africaine sur la réforme du Conseil de sécurité.  Il a aussi rappelé sa demande d’octroi d’un siège à l’Union africaine au sein du G20, pour que l’Afrique puisse, enfin, se faire représenter là où se prennent les décisions qui engagent un milliard quatre cents millions d’Africains. 

Au titre de la gouvernance économique et financière, le Président du Sénégal a évoqué le rapport 2022 sur le financement du développement durable, réalisé, a-t-il rappelé, par une soixantaine d’institutions multilatérales, dont le FMI, la Banque mondiale, le Comité de Bâle sur la supervision bancaire, l’Association internationale des régulateurs de l’assurance et le Conseil de stabilité financière.  À cet égard, M. Sall a noté que le rapport relève les insuffisances dans les procédés d’évaluation des agences de notation et qu’il souligne l’importance d’appliquer des « méthodologies transparentes afin de ne pas miner la confiance dans les notations ». 

Jugeant que la perception du risque en Afrique continue d’être plus élevée que le risque réel, il a invité le groupe de réponse à la crise mondiale sur l’alimentation, l’énergie et les finances, à engager avec le G20, le FMI et la Banque mondiale, un dialogue constructif avec les agences de notation sur l’amélioration de leurs méthodes de travail et d’évaluation.  Dans le même esprit, a-t-il ajouté, face à l’ampleur inédite de la crise économique mondiale, l’Union africaine réitère son appel pour la réallocation partielle des droits de tirage spéciaux (DTS) et la mise en œuvre de l’Initiative de suspension du service de la dette du G20.  Toujours au chapitre économique, M. Sall a constaté que le choc actuel, « sans précédent », fragilise davantage les économies les plus faibles et rend encore plus pressants leurs besoins en liquidités, pour atténuer les effets de l’inflation généralisée et soutenir les ménages et les couches sociales les plus vulnérables, notamment les jeunes et les femmes.

Sur le développement, le Président a d’abord plaidé en faveur de la campagne « Rays of Hope », de l’AIEA, pour le renforcement des capacités des pays membres, africains en particulier, dans la lutte contre le cancer, cela grâce aux technologies nucléaires telles que l’imagerie médicale, la médecine nucléaire et la radiothérapie.  Il a ensuite assuré l’Assemblée générale de l’attachement de l’Afrique à l’Accord de Paris sur le climat, laquelle souhaite néanmoins parvenir à un consensus pour une transition énergétique juste et équitable, comme ce fut le cas au Sommet Afrique-Europe de février dernier, à la session élargie du Sommet du G7 en juin, et récemment au Forum de Rotterdam sur le financement de l’adaptation en Afrique.  Il est légitime, juste et équitable que l’Afrique, continent le moins pollueur et le plus en retard sur le processus d’industrialisation, exploite ses ressources disponibles pour disposer d’une énergie de base afin d’améliorer la compétitivité de son économie et réaliser l’accès universel à l’électricité, a-t-il notamment appuyé.  « Je rappelle qu’à ce jour, plus de 600 millions d’africains vivent encore sans électricité », a encore souligné M. Sall, qui a appelé à la réalisation de l’objectif de 100 milliards de dollars par an, en appui aux efforts d’adaptation des pays en développement et au financement du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique.  En outre, il a qualifié le financement de l’adaptation comme une contribution des pays industrialisés à un partenariat mondial solidaire, « en contrepartie des efforts que fournissent les pays en développement pour éviter les schémas pollueurs qui ont plongé la planète dans l’état d’urgence climatique actuel ». 

« L’Afrique a assez subi le fardeau de l’histoire; elle ne veut pas être le foyer d’une nouvelle guerre froide, mais plutôt un pôle de stabilité et d’opportunités ouvert à tous ses partenaires, sur une base mutuellement bénéfique », a plaidé M. Sall.  Je suis venu dire que nous n’ignorons pas l’Afrique des problèmes, qu’il faut pacifier et stabiliser, a-t-il poursuivi, attirant toutefois l’attention sur ce qu’il a appelé « l’Afrique des solutions », riche de ses 30 millions de kilomètres carrés, ses ressources humaines, ses plus de 60% des terres arables du monde, ses richesses minières, forestières, hydriques et énergétiques.  « Oui, nous avons l’Afrique des solutions, avec des gouvernements à la tâche; une jeunesse vibrante et créative qui innove, entreprend et réussit », a-t-il renchéri, vantant les millions d’hommes et de femmes qui travaillent dur pour nourrir, éduquer et soigner leurs familles; qui investissent, créent de la richesse et génèrent des emplois.  Cette Afrique des solutions souhaite engager avec tous ses partenaires des rapports réinventés, qui transcendent le préjugé selon lequel qui n’est pas avec moi, est contre moi, a déclaré M. Sall. 

Concluant son allocution, le Président s’est dit convaincu que c’est en collaborant dans le respect de leurs différences que les pays redonneront force et vitalité à la raison d’être des Nations Unies et qu’ils sauront préserver les générations actuelles et futures du fléau de la guerre, promouvoir la cohabitation pacifique des peuples et favoriser le progrès en instaurant de meilleures conditions de vie pour tous.


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