Secrétaire général des Nations Unies

S.E. M. António Guterres , Secrétaire général

25 septembre 2018

Statement Summary: 

À l’ouverture du débat général de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale de l’ONU, le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES, a parlé du « syndrome du déficit de confiance » dont souffre le monde aujourd’hui, qui se manifeste au niveau des institutions nationales, entre États, ou dans l’ordre mondial fondé sur des règles.

« Aujourd’hui, l’ordre mondial est de plus en plus chaotique » et les rapports de pouvoir « moins clairs » qu’auparavant, a-t-il poursuivi, mettant en garde contre la menace qui pèse sur le multilatéralisme « au moment même où nous en avons le plus besoin ».

Certes, a-t-il reconnu, « nous avons élevé le niveau de vie de millions de personnes, bâti la paix dans des pays troublés et –en tout état de cause– évité une troisième guerre mondiale », mais rien de ce qui précède n’est « à jamais acquis ». 

De fait, la confiance dans la gouvernance mondiale est « fragilisée, alors que les institutions et les mentalités du XXe siècle ne sont plus adaptées aux défis du XXIe siècle », a-t-il fait observer. S’il est vrai que « nous nous dirigeons vers un monde multipolaire », cela ne « garantira pas la paix ni ne résoudra les problèmes du monde », a-t-il dit.

Aujourd’hui, alors que l’équilibre entre puissances se modifie, le risque d’affrontement peut encore s’aggraver, a-t-il mis en garde car le « conflit n’est jamais inévitable », a poursuivi M. Guterres citant le politologue Graham Allison.  En effet, ce sont des dirigeants déterminés à coopérer sur le plan stratégique et à gérer des intérêts divergents qui peuvent nous éviter la guerre et orienter le monde sur la voie de la sécurité, car les dirigeants ont le « devoir de promouvoir le bien-être de leurs peuples ».

Mais pour lui, il faut en faire plus.  Ensemble, en tant que gardiens du bien commun, « nous avons également le devoir de promouvoir et de soutenir un système multilatéral réformé, redynamisé et renforcé » et renouveler « notre attachement à un ordre fondé sur des règles », qui place l’Organisation des Nations Unies en « son centre et s’appuie » sur les institutions et les traités qui donnent vie à la Charte.

C’est pourquoi le Secrétaire général a dit être « résolument engagé à réformer » l’Organisation et à la rendre mieux à même de répondre aux besoins et aux aspirations des « peuples des Nations Unies ».

Regrettant que les défis qu’il avait mis en lumière l’année dernière devant cette même tribune soient toujours d’actualité, notamment les guerres en Syrie et au Yémen, le conflit israélo-palestinien, la question du peuple rohingya, la menace terroriste, le péril nucléaire, les inégalités sapant la confiance dans le contrat social ainsi que les discriminations que subissent migrants et réfugiés, il a souligné « l’obligation de changer de cap et de relever les défis qui se présentent », préconisant de « nous fonder sur les faits, et non céder à la peur; écouter la raison, et non caresser des chimères ».

Pour ce faire, M. Guterres a suggéré de placer la prévention au « cœur de notre action », estimant que la présente session de l’Assemblée générale constitue une occasion unique d’aller de l’avant.

Il s’est félicité, à cet égard, de l’appui solide qu’a reçu son initiative intitulée « Action pour le maintien de la paix », à laquelle 148 États et organisations ont adhéré.  L’initiative a pour but de contribuer au succès des missions que nous envoyons dans des régions à l’instabilité chronique.

Mais aujourd’hui, il « veut se centrer sur deux défis transcendants » qui, l’année dernière, ont acquis un caractère d’urgence absolue: les changements climatiques et les nouveaux risques liés aux progrès de la technologie.

D’abord les changements climatiques qui constituent, selon lui, une « menace directe pour notre existence » car « nous sommes à un moment charnière ».  Il a appelé à changer de « cap dans les deux années à venir », au risque de « perdre le contrôle de la situation ».  Pour ce faire, « nous devons garantir la mise en œuvre de l’Accord de Paris », qui a le « potentiel immense de nous mettre sur la bonne voie – mais ses objectifs sont loin d’être atteints.  Et pourtant ils ne représentent que le strict minimum pour éviter les pires retombées des changements climatiques ».

À cet égard, il a insisté sur le caractère décisif de la prochaine Conférence des Parties –COP24–, qui se tiendra en Pologne, en décembre:  il faut « absolument qu’elle réussisse », a-t-il martelé, mettant en garde contre les désaccords entre États Membres, qui « nous ont paralysés à Copenhague ».  Des désaccords qui ne peuvent se reproduire à Katowice, a-t-il lancé.

Mais fort heureusement, « l’évolution technologique est notre alliée », a-t-il rassuré, notant que l’énergie verte est plus compétitive que jamais, promettant que si « nous nous engageons sur la bonne voie », l’action climatique pourrait représenter « 26 milliards de dollars de plus pour l’économie mondiale d’ici à  2030 » et les politiques en faveur d’une économie verte pourraient « créer 24 millions d’emplois ».  De plus en plus d’entreprises et d’investisseurs constatent que l’économie verte est rentable, a-t-il ajouté.  « Nous nous devons d’agir dès aujourd’hui.  Le monde a besoin que nous soyons tous des champions de l’action climatique. »

S’agissant des progrès technologiques, il a estimé nécessaire de renforcer la confiance entre les nations et en leur sein, si « nous voulons assurer une utilisation responsable des technologies nouvelles ».  Il a engagé à utiliser l’ONU comme « instance pour attirer l’attention du monde sur ces questions cruciales » et favoriser l’instauration d’un « avenir numérique sûr et bénéfique à tous ».  Il a cité les laboratoires d’innovation créés notamment au sein de son Cabinet, et le Groupe de haut niveau sur la coopération numérique établi en juillet dernier.

En dépit du chaos et de la confusion qui règnent dans notre monde, le Secrétaire général a voulu conclure sur les « vents d’espoir » qu’il voit souffler à travers le globe, illustrés notamment par la signature de l’accord de paix historique entre les dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée, il y a quelques jours en Arabie saoudite; la signature d’un accord de paix entre les deux dirigeants rivaux au Soudan du Sud; « la courageuse initiative » du Sommet de Singapour entre les dirigeants des États-Unis et de la République populaire démocratique de Corée.

Le Secrétaire général a également cité l’attachement de la population à la paix en Colombie, la transition politique pacifique en Ouzbékistan, et encore les progrès du règlement des différends entre la Grèce et l’ex-République yougoslave de Macédoine.  À cela s’ajoutent le succès des opérations de maintien de la paix au Libéria et ailleurs en Afrique de l’Ouest, la participation centrale des jeunes d’Arménie à la transition politique, l’adoption de pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrations, la sortie de l’extrême pauvreté de centaines de millions de personnes depuis 30 ans, et les progrès dans l’égalité des sexes.

Pour M. Guterres « notre avenir repose sur la solidarité », c’est pourquoi « nous devons rétablir la confiance rompue », « revitaliser notre projet multilatéral et défendre la « dignité de tous ».


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