Fédération de Russie

S.E. M. Sergey Lavrov, Ministre des affaires étrangères

28 septembre 2018 (73e session)

Statement Summary: 

« Nous assistons aujourd’hui à la collision de deux tendances opposées », a déclaré M. SERGEY V.  LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie.  « D’un côté, nous voyons le renforcement des principes polycentriques de l’ordre mondial, le développement robuste de nouveaux centres de croissance économique, les aspirations des peuples à préserver leur souveraineté et à choisir des modèles de développement conformes à leur identité nationale, culturelle et religieuse.  De l’autre, nous voyons le désir de plusieurs États occidentaux de conserver leur statut autoproclamé de " leaders du monde " et de ralentir le processus objectif et irréversible d’enracinement de la multipolarité.  À cette fin, a-t-il dénoncé, ces puissances n’hésitent pas à user de toutes les méthodes à disposition, y compris le chantage politique, les pressions économiques et la force brutale. »

Le Ministre a fustigé ces actions illicites qui sapent l’ordre mondial de l’après-guerre, ainsi que « l’offensive d’un revisionnisme belliqueux » conduite contre le système moderne du droit international.  « Ces attaques ont été lancées contre les principes de base d’un règlement au Moyen-Orient, contre le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, contre les engagements pris au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et contre l’Accord multilatéral sur le climat. »

M. Lavrov a par ailleurs accusé « ses collègues occidentaux » de vouloir remplacer la suprématie du droit par un ordre basé sur des règles qui les arrangent politiquement et sont l’illustration d’une approche de deux poids, deux mesures.  « Des accusations, dénuées de tout fondement, d’ingérence dans les affaires intérieures de certains pays sont proférées concomitamment à des tentatives conduites en plein jour de saper et de renverser des gouvernements démocratiquement élus.  Des efforts sont menés pour attirer certains pays au sein d’alliances militaires montées de toutes pièces contre la volonté des peuples, tandis que d’autres États sont menacés de châtiments pour avoir librement choisi leurs partenaires et alliés. »

M. Lavrov a ajouté que ces agressions contre les institutions internationales s’accompagnent de tentatives visant à « privatiser » des structures de secrétariat et à leur accorder des prérogatives d’organes intergouvernementaux dans l’espoir de les manipuler plus tard.  « L’espace dévolu à une coopération internationale constructive en voie de rétrécissement, les escalades dans les confrontations, une imprévisibilité grandissante, un risque substantiel de conflits spontanés – tout cela affecte le travail de l’Organisation », a-t-il averti.

Il a déploré le lourd tribut payé par la communauté internationale en raison des « ambitions étroites et toutes personnelles » d’un petit groupe de pays.  « Les mécanismes collectifs de réponse aux défis sécuritaires sont grippés.  La diplomatie et la culture de négociations sont progressivement remplacées par des diktats et des restrictions unilatérales extraterritoriales mises en place sans l’aval du Conseil de sécurité. »

Le nombre de ceux enclins à rendre des jugements sans qu’il y ait eu de procès ne va pas en diminuant, a poursuivi le Ministre.  « Aujourd’hui, il suffit d’une hypothèse comme "il est hautement probable " pour que certains de nos collègues occidentaux enclenchent des poursuites contre qui que ce soit. »

Nous avons déjà vu cela, a poursuivi le Ministre.  « Nous ne nous souvenons que trop bien des prétextes fallacieux qui ont été utilisés de trop nombreuses fois pour justifier des interventions et déclencher des guerres – comme en Yougoslavie en 1999, en Iraq en 2003 ou en Libye en 2011. »

M. Lavrov a regretté que de telles méthodes soient utilisées aujourd’hui sur le dossier de la Syrie.  « La tentative avortée en vue d’un changement de régime, orchestré depuis l’étranger et s’appuyant sur des éléments extrémistes, a failli aboutir à la désintégration du pays et à l’émergence, en lieu et place, d’un califat terroriste. »  Mais les actions énergiques de la Russie, à la demande des autorités syriennes, appuyées par les efforts diplomatiques entrepris dans le cadre du processus d’Astana ont permis d’enrayer ce scénario mortifère, a continué le Ministre russe. 

Sur le dossier palestinien, « qui ne doit pas être marginalisé », M. Lavrov a mis en garde contre toute approche unilatérale et tentative visant à monopoliser le processus de règlement.  « Aujourd’hui comme jamais, la communauté internationale doit consolider ses efforts et reprendre les pourparlers sur la base des résolutions de l’ONU et de l’Initiative de paix arabe », a-t-il dit, promettant l’appui de son pays pour promouvoir la solution des deux États. 

Poursuivant, M. Lavrov a rappelé qu’il y a 80 ans, l’accord de Munich était venu « couronner la criminelle politique d’apaisement vis-à-vis du Troisième Reich », y voyant un triste exemple des conséquences catastrophiques que peuvent avoir l’égoïsme national, le mépris du droit international et les tentatives visant à résoudre les défis aux dépens des autres. 

Malheureusement, a poursuivi le Ministre, dans un grand nombre de pays aujourd’hui, nous constatons que non seulement le vaccin contre la peste nazie s’affaiblit, mais que les tentatives de réécrire l’histoire et de blanchir les criminels de guerre et leurs affidés vont en augmentant.  Il a qualifié « d’outrage » les campagnes menées dans un certain nombre de pays pour détruire les monuments à la gloire des libérateurs de l’Europe.  « Nous sollicitons votre soutien au projet de résolution onusien sur l’inadmissibilité de toute glorification des nazis. »

Le Ministre a ensuite déclaré que la propagation du nationalisme radical et du « néofascisme » en Ukraine –pays dans lequel, a-t-il affirmé, des criminels combattant sous la bannière nazie sont vus comme des héros– est l’une des raisons du conflit prolongé dans ce pays.  À ses yeux, le seul moyen de résoudre ce conflit est d’assurer une mise en œuvre complète et robuste de l’ensemble de mesures en vue de l’application des accords de Minsk approuvé par le Conseil.  Mais au lieu de cela, a accusé le Ministre, l’Ukraine continue d’entretenir l’illusion qu’elle est capable de dépêcher des forces d’occupation dans le Donbass avec l’appui de l’Occident et multiplie les menaces de recourir à l’option militaire. 

M. Lavrov s’est également dit préoccupé par la tentative d’ouvrir une nouvelle ligne de front dans les Balkans, dont les pays sont de plus en plus incités à rejoindre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).  « Tout en répétant le mantra de l’inadmissibilité de toute ingérence dans leurs affaires intérieures, les dirigeants européens et américains mènent campagne pour l’accession de ces pays à cette alliance. »

Il s’est aussi inquiété à la perspective que la présence militaire internationale au Kosovo, autorisée par le Conseil, se transforme en une base militaire des États-Unis et que des Forces armées kosovares soient en train d’être créées.  D’une manière générale, nous demandons que les Balkans ne soient pas transformés de nouveau en une arène et que ses peuples ne soient pas acculés à un choix fallacieux, a-t-il dit, insistant sur l’importance de prévenir l’émergence de nouvelles lignes de fracture. 

M. Lavrov a déploré le retrait des États-Unis du Plan d’action global commun et assuré que son pays fera tout pour le préserver.  Il a par ailleurs fait part de sa ferme conviction que tout défi doit être réglé par la voie du dialogue, avant d’aborder la question du cyberespace.  « À l’aune des derniers développements, il devient de plus en plus pertinent d’élaborer sous les auspices de l’ONU une série de normes mondiales pour un comportement responsable des États dans le domaine de l’information, y compris les principes de non-utilisation de la force, de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État et de respect de la souveraineté nationale. »  Il a indiqué que son pays proposerait un projet de résolution en ce sens devant la Première Commission chargée du désarmement. 

Enfin, le Ministre russe a invité à revenir à « l’art de la négociation », « pour être dignes des Pères fondateurs de l’ONU », rappelant que de nombreux défis ne peuvent être réglé s que sur la base d’un respect mutuel, à rebours de tout diktat ou coercition.  Typiques de l’ère coloniale, ceux-ci doivent être relégués au musée de l’histoire, a-t-il affirmé.  M. Lavrov a conclu son intervention par cette phrase empruntée au Président Harry Truman: « les grandes nations dirigent par la force de l’exemple plutôt que par la domination ».


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