Ex-République yougoslave de Macédoine

S.E. M. Gjorge Ivanov, Président

27 septembre 2018 (73e session)

Statement Summary: 

M. GJORGE IVANOV, Président de l’ex-République yougoslave de Macédoine, s’est dit fier d’appartenir à un pays qui a toujours été du bon côté de l’histoire et qui, le 8 septembre 1991, a exercé de manière pacifique son droit à l'autodétermination, proclamant la « République indépendante et souveraine de Macédoine ».  Voilà où l'injustice a commencé, s’est indigné le Président, car nous avons été privés de notre droit d’user du nom que nous nous sommes choisi comme si une banale région administrative grecque avait plus de droits dans les relations internationales qu’un État souverain comme la « République de Macédoine ».  Mon pays est devenu Membre des Nations Unies, le 8 avril 1993, et pourtant, dans cette « communauté d’égaux devant la loi », la « République de Macédoine » a été admise comme « moins égale », avec une « dérogation » à sa personnalité juridique et une violation de son droit à l’autodétermination. 

Aujourd'hui, 25 ans plus tard, les discussions facilitées par les Nations Unies devraient prendre fin avec l’adoption de l’Accord final de Prespa qui, selon certains, devrait clore le différend avec la Grèce et ouvrir la voie de la « République de Macédoine » à son accession à l’Union européenne et à l’Otan.  L’Accord, a ironisé le Président, s’ouvre par un préambule « grandiloquent » qui rendrait jaloux les auteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Mais l’Accord viole en réalité les principes et les normes universelles mentionnés dans son préambule, y compris le droit à la dignité humaine.  De tous les droits violés, le Président s’est attardé sur le droit à l’autodétermination qui dispose que seule la nation a le droit de déterminer sa destinée, sans ingérence extérieure.  Le droit à l’autodétermination, a-t-il interprété, est à l‘origine du droit des peuples à choisir leur propre nom et le nom de l’État qu’ils ont créé.  « Nous nous appelons Macédoniens depuis des siècles, bien avant la naissance des Nations Unies », a martelé le Président. 

Or, avec l’Accord de Prespa, la Grèce nous impose un nouveau nom.  Il est prévu, s’est-il emporté, que l’on amende notre Constitution et que la Grèce devienne le censeur de nos amendements constitutionnels.  La Grèce aurait ainsi le pouvoir permanent de surveiller comment nous nous appelons entre nous mais aussi comment vous, États Membres, vous vous adressez à nous.  La Grèce aurait le droit de renommer nos institutions, de modifier nos manuels scolaires et d’interdire à nos citoyens d’exprimer leur identité macédonienne.  C’est une censure du monde, une autocensure de notre conscience collective de Macédoniens et une violation flagrante du droit à l’autodétermination, a accusé le Président.  L’Accord de Prespa, s’est-il résigné, n’est que le fruit amer d’un arbre empoisonné depuis longtemps, du compromis préjudiciable de l’Accord intérimaire de 1995 qui lui-même se fondait sur les résolutions 817 et 845 du Conseil de sécurité.  Et c’est là, s’est exclamé le Président, le nœud du problème: le droit à l’autodétermination a été violé quand la « République de Macédoine » est devenue Membre des Nations Unies.  Le Président a affirmé que l’Accord intérimaire et l’Accord de Prespa ont été adoptés sans son consentement.  Mon pays est désormais prié de commettre « un suicide juridique et historique » et il faut se demander ce que cela veut dire pour le leadership mondial et la responsabilité partagée des Nations Unies.

« C’est la victoire sauvage d’Athènes à Mélos », a constaté le Président, en convoquant l’histoire.  L’Accord de Prespa nous place en effet devant le fait accompli: vous êtes plus petits, vous êtes plus faibles, vous devez donc vous soumettre à l’ultimatum d’Athènes.  Invoquant cette fois la Convention de Vienne sur le droit des traités, le Président a proclamé nul et non avenu l’Accord intérimaire de 1995.

Quant à l’Accord de Prespa qui fera l’objet d’un référendum, ce dimanche 30 septembre, M. Ivanov s’est dit surpris par toutes ces grandes personnalités étrangères qui sont venues dire à son peuple que si l’Accord est rejeté, les portes de l’OTAN et de l’Union européenne resteront elles aussi fermées.  Aidez-nous plutôt à débloquer le processus d’accession sans violer notre droit à l’autodétermination, a lancé le Président.

Les Grecs et les Macédoniens doivent apprendre à vivre ensemble malgré leurs profondes divergences.  Pour parvenir à un accord véritable, viable et durable, il faut privilégier le dialogue contre les monologues, les arguments contre la force et le respect mutuel contre le déni, a ajouté le Président.


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